Vision américaine du système universitaire français

La journaliste Américaine, Elaine Sciolino, s’est penchée, avec ses critères, sur le système universitaire Français et notamment sur l’Université Paris X à Nanterre, pour faire le diagnostic du malade et nous communiquer ses surprises.
Ce billet fait suite à l’analyse de Grégoire Bigot, doyen de la faculté de droit de Nantes, qui dressait le bilan du "Verdun universitaire qui, dans l’indifférence générale, dure depuis plus de vingt ans"

Il y a 32,000 étudiants à l’Université de Nanterre, mais pas de librairie, pas d’annuaire des étudiants, pas de journal fait par les étudiants, pas de stade, pas d’orientation pour les nouveaux étudiants, pas de système de recrutement pour les entreprises.
La bibliothèque de 480,000 volumes n’est ouverte que 10 heures par kour, fermée le dimanche et pendant les vacances. Seuls 30 des 100 ordinateurs de la bibliothèque ont accès à Internet.
La cafeteria du campus ferme après le déjeuner. Les Professeurs n’ont pas d’horaires de présence, beaucoup n’ont pas de bureau. Les salles de classes sont surpeuplées. Mais en fin d’après-midi, chaque jour, le campus est quasi désert. 

Coincé entre une prison et un centre ANPE, cette université n’est ni le meilleur, ni le pire endroit pour étudier dans ce pays relativement prospère.
Elle est plutôt l’image de la crise du système universitaire public Français.

« Aux USA, votre système universitaire est l’un des moteurs de la prospérité américaine. Mais ici, nous n’investissons pas assez. Les universités sont pauvres. Elles ne sont prioritaires ni pour l’état, ni pour le secteur privé. Si nous n’inversons pas la tendance, nous tuerons la nouvelle génération, » dit  Claude Allègre, ex-ministre de l’Education Nationale qui a tenté, sans succés de réformer les universités Françaises (le dégraisseur de mamouth). 
« Les universités sont des usines. Ce sont des machines à fabriquer des milliers d’étudiants qui ont appris toute la théorie, mais rien de pratique. Un diplôme universitaire ne vaut rien dans le monde réel, » dit Christine Le Forestier, 24 ans, diplômée de Nanterre en 2005, qui, même avec un Mastère n’a pas trouvé de job stable. 

Le problème est parti de Mai 68. Résultat: les universités du pays ont donné un accès libre à tous les titulaires du baccalauréat. La population d’étudiants a fortement grimpé et la valeur du bac a plongé.
Mais l’état à failli en n’investissant pas suffisamment en bâtiments, infrastructures et salaires des professeurs, pour faire fonctionner le système. Le gouvernement Français dépense aujourd’hui environ $8,500 par an et par étudiant d’université, 40% de moins que pour un élève de Lycée. 

La  France est coincée entre la promotion officielle du principe républicain d’Egalité et son engagement à éduquer une élite de futurs leaders et d’entrepreneurs.
Seuls 4% des étudiants Français réussissent à entrer dans les système le plus compétitif, les Grandes Ecoles Publiques. Mais les Grandes Ecoles et les Classes Préparatoires absorbent 30% du budget. Elles sont bien organisées, bien équipées, certaines que leurs diplômés vont occuper les meilleurs postes dans l’état et dans les entreprises privées, la population d’étudiants y est essentiellement de race blanche et issue des classes moyennes supérieures.
Contrairement aux USA où les fonds privés fournissent une large part des budgets des collèges, cette pratique est jugée étrange en France. Les frais d’inscription sont de l’ordre de $250 par an, une source de revenus insuffisante pour les Universités.
Mais demander aux Français de payer plus semble hors de question.
Quand le gouvernement a proposé en 2003 une réforme afin de rationaliser programmes et budgets, en donnant plus de flexibilité à chaque Université, les étudiants et les professeurs se sont révoltés.
Ils virent cette tentative comme un pas vers la privatisation de l’Enseignement Supérieur qui, selon leurs craintes, conduirait à des frais de scolarité plus élevés et menacerait le droit universel des bacheliers à une éducation supérieure. Le gouvernement a fait marche arrière.
A Nanterre, Alexandre Frydlender, un étudiant de 19 ans en 2e année en Droit et en Histoire, se plaignait du manque de cours d’Anglais pour les étudiants en Droit International. A la question de savoir s’il était prêt à payer plus pour un meilleur service, il répondit, « l’Université est un Service Public. L’état doit payer. »
Un slogan affiché partout dans le campus fait écho à cette opinion : « Etudier est un droit, pas un privilège. »
Les professeurs n’ont pas le standing et les salaires du secteur privé. Un débutant gagne moins de $20,000 par an; un professeur « senior » gagne $75,000 par an. La recherche n’est pas une priorité dans les facultés.
 

Les protestation récentes (crise du CPE) furent le dernier signal d’alarme en date pour le gouvernement Français et les entreprises privées, de la nécessité de traiter les problèmes du système universitaire.
Les officiels, les entrepreneurs, les professeurrs et les étudiants sont plus ou moins d’accord que trop d’étudiants sont englués dans des domaines comme la sociologie ou la psychologie, ce qui, dans une société stratifiée comme la France, rend difficile le changement vers une autre carrière, compte tenu de la situation économique du pays.

La peur du chômage a conduit de nombreux jeunes dans d’autres directions. Les étudiants qui ont les moyens, se tournent de plus en plus vers des universités étrangères ou vers des écoles privées spécialisées. Et plus de jeunes cherchent l’ « emploi à vie » en devenant fonctionnaires.

Villepin, un diplômé de l’ENA, a promis plus d’argent et plus de flexibilité, disant que comme aux USA, un étudiant avec un mastère en philo, devrait pouvoir devenir analyste financier.
Mais la flexibilité n’est pas une tradition en France, où les étudiants sont mis sur des rails déterminés très tôt.
« Nous sommes emprisonnés dans un monde de limites où il n’y a pas d’objet comme le self-made man. On ne nous parle jamais du ‘Rêve Américain’, où tout est possible. Notre guide est la peur, » dit Claire de la Vigne, diplômée Nanterre qui est maintenant en troisième cycle à l’Institut d’Études Politiques de Paris.
 

(Source : NY Times du 12.05.2006)

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3 Réponses à “Vision américaine du système universitaire français”


  1. 1 Jimmy

    très bon sujet, il n’y pas que les universités française qui doivent être réformées, la politique sociale doit aussi être revu, ils faut investir dans la recherche, dans l’éducation pour préparer l’avenir, ne pas avoir peur de perdre un peu maintenant pour gagner plus plus tard, sinon la France ne s’en sortira pas. Je n’habite plus en France depuis quelques années et franchement j’ai de moins en moins envie de revenir, où j’habite il n’y a pas d’aide pour les chomeurs, les universités sont presques toutes privées et l’état ne distribue pas de l’argent à tour de bras pour aider les jeunes à se loger … pourtant il y fait bon vivre, le commerce est propère et tout le monde peut créer son entreprise pratiquement du jour au lendemain. Je ne dis pas que c’est le paradis … mais il y a quand même plus d’avenir qu’en France !

  2. 2 idoine

    "Notre guide est la peur, » dit Claire de la Vigne, diplômée Nanterre

    Les Français ont peur, les immigrés ont peur, le gouvernement a peur, les étudiants ont peur, les vieux ont peur, les jeunes ont peur, les fonctionnaires ont peur, les salariés ont peur, les chomeurs ont peur, …

    "Je ne connaitrais pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. Si je connais la peur, je la laisserais passer en moi, à travers moi. Puis je tournerais mon oeil intérieur et sur son passage il ne restera plus que moi, rien que moi" - Litanie de la peur enseignée par les école du Bene Gesserit - Dune - Franck Herbert.

    J’ai récité ce truc quand j’étais beaucoup plus jeune et en proie à l’angoisse et ça m’a toujours fait beaucoup de bien.

  3. 3 Martin

    Eh oui, c’est malheureux comme tout. Je suis ancien étudiant de Nanterre, puis j’ai intégré l’IEP, et la différence fait mal…enfin, tout ceci reste relatif, je suis sur le départ pour les Etats-Unis ou l’Angleterre l’année prochaine, et payer 20 000 dollars de frasi d’inscription ne me choque nullement au vu des équipements et de l’ambiance de travail…et au moins, ceux qui y sont sont bien décidés à travailler, alors que les facs françaises sont des repères de fainéants, de gâtés et d’idéalistes en tout genre. Je leur souhaite bonne chance quand ils auront leur premier entretien d’embauche !

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