Ellen Johnson Sirleaf, « la dame de fer » du Liberia

Ellen Johnson Sirleaf  est la première femme élue démocratiquement présidente d’un état d’Afrique. Elle a pris les rênes du Liberia, un pays ravagé par la guerre civile, aux infrastructures complètement détruites et s’attaque à la restauration des services les plus vitaux pour la population…

Ellen Johnson Sirleaf  a dit aux milliers d’ouvriers d’une plantation de Firestone qu’elle allait offrir une meilleure éducation à leurs enfants et améliorer les conditions de vie de leurs familles. Mais elle a aussi dit, qu’après avoir négocié avec Firestone, elle ne pouvait pas obliger la compagnie US a payer les millions de $ d’un conflit salarial datant de 1994.
Beaucoup la huèrent après l’avoir fêtée. « Vous ne pouvez satisfaire tout le monde, » dit-elle à la foule.

Quatre mois après le début de son mandat de six ans, Ellen Johnson Sirleaf, 67 ans, diplômée en économie de Harvard, est acclammée à l’étranger. Elle a rencontré Bush à la Maison Blanche, est allée à Chicago pour une apparition au célèbre talk-show télévisé de Oprah Winfrey espérant informer sur la situation au Liberia et obtenir le support financier des américains.
Mais dans son pays, elle apprend que transformer l’un des pays les plus dévastés du monde sera beaucoup plus rude, et la rendra plus impopulaire, qu’elle ne l’avait imaginé.

(cliquer sur la carte pour l’agrandir)

Quatorze années de guerre ont ruiné les infrastructures du Liberia, le laissant sans électricité, sans eau courante, sans système d’assainissement. Il a aussi donné naissance à une culture de seigneurs de guerre, tuant et volant l’argent public et les ressources naturelles, conduits par Charles Taylor, les plus fameux d’entre eux. Taylor, le précédent président, est maintenant emprisonné en Sierra Leone, mais peut toujours faire appel à de nombreux partisans armés au Liberia, avec le risque d’une nouvelle guerre civile.


Significatif des challenges auxquels doit faire face Johnson Sirleaf est sa promesse de rétablir l’électricité à Monrovia dans les six mois suivants sa prise de fonction. Mais elle reconnaît maintenant que seuls deux secteurs de la capitale, couvrant moins de 15% de la population, auront du courant fin juin 2006.
« Nous ne satisferont  pas toutes les attentes pour le courant et pour bien d’autres choses, »
dit Ellen Johnson Sirleaf, dont les collaborateurs arrivent au travail à 8 heures et repartent à 23 heures. « Les attentes sont élevées. Mais nous allons satisfaire les besoins élémentaires, et il y aura des progrès dans tous ces domaines. »

Le Liberia a près de $3 milliards de dettes crées par les précédents présidents, seigneurs de guerre. Malgré cela, Johnson Sirleaf a dit que la Banque Mondiale a débloqué plus de $60 million de subventions depuis qu’elle a pris ces fonctions en janvier 2006.
Le Liberia ne peut faire de nouveaux prêts tant qu’il ne rembourse pas ou n’obtient pas l’annulation d’une grande partie de sa dette, ce que Johnson Sirleaf espère réaliser bientôt. Alors dit-elle, le Liberia pourra emprunter, en Chine par exemple, pour reconstruire les routes et d’autres infrastructures prioritaires.
Elle espère qu’en juin 2006, le Conseil de Sécurité de l’ONU lèvera les sanctions imposées aux exportations de bois et de diamants, pendant les années de guerre, libérant des ressources vitales pour le pays.
Elle veut des liens plus étroits avec l’Europe et a déjà visité la France et la Suisse. Fin mai 2006, elle se rendra en Grande Bretagne pour une visite d’état.

Les relations avec les USA restent critiques. Les liens remontent à 1822, quand trois navires d’esclaves américains libérés accostèrent là où serait le port de Monrovia, appelée ainsi en mémoire du James Monroe. En 2006, le gouvernement des USA, le plus généreux donateur, a donné au moins $100 millions, $19 millions de plus que le budget du pays
Néanmoins les besoins sont énormes. La capitale sent les ordures pourries, les cinq bennes à ordures et les 75 employés au ramassage ne suffisent pas pour une ville de 1.5 millions d’habitants. L’air est vicié par les échappements des véhicules hors d’âge. La plupart des lignes téléphoniques n’ont pas fonctionné depuis 2003, quand les rebelles ont saboté le système. 
Les fonctionnaires, gagnant pour la plupart 20$ par mois, demandent poliment quelques $ pour nourrir leurs familles. L’Executive Grounds de Monrovia, ex-palais présidentiel, est un taudis d’état squatté par des centaines de miséreux.
Il n’y a ni cinéma, ni librairie dans le pays. L’illettrisme atteint 80% et le chômage 85%.
« Tout est attendu d’elle. Elle arrive à un moment où les gens veulent que tout soit fait, et tout en même temps, » dit Gibson Jerue, du quotidien Analyst.

En novembre 2005 Ellen Johnson Sirleaf a remporté de façon convaincante la présidence, dans un tête à tête avec l’ancien joueur de football George Weah.
Elle a grandi à Monrovia, a épousé un économiste agricole après sa high school et a quatre fils. Elle a obtenu un bachelor’s degree en comptabilité au Madison College of Business du Wisconsin en 1964, un economics degree à  l’University of Colorado en 1970 et un  master’s degree en administration publique à Harvard en 1971.
De retour au Liberia, elle a commencé à travailler pour le gouvernement et pendant 40 ans, fut immergée dans la vie politique tumultueuse du pays. En 1979 elle fut ministre des Finances et rejoignit l’opposition en 1980 après le coup d’état militaire du Samuel Doe.
Comme beaucoup de membres de l’opposition, elle conspira pour renverser Doe, apportant son soutien à Charles Taylor. Elle fut emprisonnée deux fois durant ces années.
Après que Taylor ait fait assassiner deux de ses proches, elle coupa les liens avec lui. En 1997, elle se présenta contre lui aux élections présidentielles, perdant largement.
Taylor fut contraint de quitter le pouvoir en 2003, après que les forces rebelles du nord aient fait le siège de Monrovia. Des négociateurs internationaux obtinrent un cessez-le-feu. Taylor trouva asile au Nigeria, les troupes de l’ONU arrivèrent et un gouvernement intérimaire fut formé.
La guerre civile a tué un quart de million de personnes
. Même aujourd’hui avec 15.000 casques bleus, la sécurité est douteuse.

En mars 2006, face aux pressions des USA, Johnson Sirleaf demanda au Président Olusegun Obasanjo du Nigeria d’extrader Taylor pour un procès en Sierra Leone pour crimes de guerre.
Au Parlement siègent toujours de nombreux anciens seigneurs de guerre et la femme de Taylor, tous élus.
Le sénateur de Nimba County est Prince Yormie Johnson, dont les troupes ont brièvement tenu Monrovia après qu’il ait ordonné à ses hommes de torturer Doe à mort en 1990. Les vendeurs des rues de Monrovia proposent une vidéo  de cette exaction.
Le sénateur de Bong County est la 3e femme de Taylor, Jewel Howard Taylor.

(Source : The Boston Globe du 16.05.2006)

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2 Réponses à “Ellen Johnson Sirleaf, « la dame de fer » du Liberia”


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