Les clubs de football européens investissent massivement dans la construction de nouveaux stades ou dans la rénovation de stades existants. Ils veulent augmenter les revenus tirés directement des matchs… (cliquer sur l’image pour l’agrandir)
Le Bayern de Munich avait, en début de saison 2005/2006, inauguré l’Allianz Arena, nouveau stade de 66.000 places, stade "resort", véritable machine commerciale pour le spectateur-consommateur, comme cela a pu être mis en œuvre avec l’ArenA d’Amsterdam.
Arsenal a disputé dimanche 7 mai 2006 son dernier match à Highbury, son stade historique de 38.500 places. A partir de la saison prochaine, il jouera dans une enceinte flambant neuve de 60.000 places, l’Emirates Stadium.
Manchester United rénove son stade mythique, Old Trafford, pour en porter la capacité à 76.000 places, dont 8.000 en "business seats", dès la saison prochaine.
Pour la Coupe du monde, l’Allemagne a investi plus de 1,5 milliard d’euros dans des stades dernier cri, alliant innovations technologiques et écologiques.
Cette vague de construction et de rénovation est nourrie par le besoin des clubs de mieux valoriser leur principal "outil de production", en augmentant les revenus liés aux matchs, dans un contexte de compétition sportive et économique toujours plus intense.
A l’Emirates Stadium, le prix d’un box de 10 places en loge commence à €95.000 par saison. La place en business seat "Club Level", la moins chère, dans les coins du stade est €3.700 par saison. L’abonnement "normal" le moins cher pour la saison 2006/2007 est à €1.300. Malgré ces prix elevés, il est vraisemblable que la très grande partie des places sera vendue per abonnement.
Selon Keith Edelman, le PDG du club, le stade devrait faire passer le chiffre d’affaires annuel du club de 168 millions d’euros en 2005 à plus de 250 millions d’euros.
En France, où la tendance des nouveaux stades s’installe peu à peu, le projet le plus ambitieux celui du président de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, qui veut construire un stade d’une capacité de 60.000 places, pour remplacer le stade de Gerland à l’horizon 2010. La nouveauté, c’est la volonté du club de rompre avec la tradition française de financement public des stades.
Avant le Mondial 1998, les deniers publics avaient financé l’amélioration des infrastructures existantes, ainsi que la construction du Stade de France.
Le but de Jean-Michel Aulas est de devenir propriétaire de la future structure et ainsi bénéficier directement de la totalité des recettes. Pour réunir les 250 à 350 millions d’euros nécessaires, Aulas veut faire appel uniquement à des capitaux privés, dont ceux du groupe Accor.
Beaucoup de stades français sont vétustes, peu confortables, avec une restauration de "barraques à frittes" et entièrement subventionnés par les collectivités locales. Les clubs ont du mal à atteindre le seuil de rentabilité. Une situation qui les prive du coup de ressources financières capitales. Lille, Le Mans, Marseille, Ajaccio, Lens et Nice ont tous annoncé la rénovation ou la construction de leurs stades respectifs ces prochaines années. La plupart sous la forme d’un partenariat public-privé.
Pour la saison 2005-2006, près de 60 % des revenus de la Ligue 1 proviennent des droits télévisés, contre seulement environ 13 % de la billetterie. La plupart des grands clubs européens tirent une part beaucoup plus importante des matchs et donc de l’exploitation de l’outil « stade ».
- Real 23%
- MU 42%
- Juventus 38%
- Chelsea 38%
- Barcelone 32%
- Bayern 38%
- OL 22%
Le concept de tous ces nouveaux stades un peu partout en Europe est selon le modèle « resort » ou « lieu de vie », avec hôtellerie, restauration de tous types, salles de congrès, boutiques, musée, activités ludiques…
« L’idée est de faire vivre le stade au quotidien, même en dehors des jours de match », explique Pascal Simonin, le directeur général du Stade de France.
Pour rentabiliser l’enceinte de Saint-Denis, le consortium qui la gère dispose notamment de deux restaurants, d’un musée et de sa propre maison de production, qui crée des spectacles pour le Stade de France.
Mais un nouveau stade n’est pas qu’une affaire de finances. Pour Christophe Bouchet, ancien président de l’Olympique de Marseille et consultant pour un cabinet d’architecture, « la construction d’un stade peut aussi permettre, sur le long terme, d’aider à construire l’image d’un club », comme le montre Saint-Étienne et son "Chaudron" de Geoffroy-Guichard.
Bien que rarement réellement associés à l’élaboration des projets, joueurs et entraîneurs font aussi partie des bénéficiaires de cette nouvelle génération de stades. Pour Frédéric Hanz, l’entraîneur du Mans, « un stade bien fait, c’est sûr, fait gagner des points à son équipe ».
Restent les supporters, les vrais fans du club, souvent frileux à l’idée de devoir s’approprier l’ambiance d’un lieu neuf. Ils n’ont que faire d’hôtels ou de restaurants de luxe, et préfereraient voir les club investir dans l’équipe. Mais l’un ne va pas sans l’autre.
« Beaucoup de ces nouveaux stades se ressemblent, et ils sont souvent en dehors des villes. En plus, rien ne nous dit que les bénéfices tirés de l’exploitation commerciale se répercuteront sur le prix d’entrée, » souligne Malcolm Clark, le président de la fédération des supporteurs de football anglais.
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