Evo Morales: le gentil croisé de Bolivie

Le bolivien, souvent vêtu d’un pull rayé en alpaga, rend l’occident nerveux, mais c’est un super-héros chez lui…

La chasuble rayée du Président bolivien, Evo Morales, pourrait bientôt devenir aussi célèbre que le béret de Che Guevarra.

Morales a autrefois décrit le capitalisme comme « le pire ennemi de l’humanité ». Si cela ne suffisait pas pour rendre Washington nerveux, il a conforté ses paroles par des actions spectaculaires.
Le 1er mai 2006, le leader du Mouvement Vers le Socialisme (MAS) a annoncé qu’il re-nationalisait l’industrie énergétique de Bolivie et envoyé des troupes pour prendre le contrôle de 56 sites appartenant aux compagnies étrangères de gaz et de pétrole. Alors que cela la colère internationale éclatait, la décision de Morales fut saluée par des mouvements de joie à La Paz.

La Bolivie a les secondes réserves de gaz naturel d’Amérique du Sud, mais demeure le pays le plus pauvre du continent, ce qui explique que le débat sur la propriété de ses ressources naturelles y ait dominé la vie politique de ces dernières années.
En octobre 2003, des grèves et émeutes à ce propos ont fait plus de 70 morts et le président Gonzalo Sanchez de Lozada a du partir en exil. Lozada, vit maintenant aux USA et est réclamé en Bolivie pour une inculpation de génocide. D’autres mouvement violents pro-nationalisations ont eu lieu au cours des deux années suivantes.
Selon le décret de mai 2006 de Morales, toutes les sociétés énergétiques étrangères opérant en Bolivie ont 180 jours pour négocier de nouveaux contrats selon lesquels les ventes doivent transiter par la compagnie d’état YPFB, ou quitter le pays. La société du Brésil Petrobras, par laquelle le Brésil importe 55% de son gaz est concernée et a suspendu tout nouvel investissement en Bolivie. La compagnie hispano-argentine Repsol, avec Petrobras le plus important investisseur étranger en Bolivie, à demandé au gouvernement espagnol d’envoyer une délégation à La Paz.
 
Qui est donc ce Morales ?

Morales est né le 26 octobre 1959, de parents très pauvres et illétrés, dans un village de montagne. Des sept enfants seuls Evo et deux autres dépassèrent l’âge d’un an.
Morales travailla comme berger de ltroupeaux de lamas, puis comme planteur de coca, puis comme militant du syndicat des planteurs de coca de la région de Bolivie du Chapare (il est toujours à la tête du syndicat national).
En 1997 il fut élu au Parlement. En janvier 2002 ses adversaires parvinrent à le faire destituer, pour sa responsabilité dans la mort de deux soldats et de policiers au cours d’émeutes provoquées par des planteurs de coca protestant contre les projets d’arrachage. Morales fut candidat à la Présidence deux mois plus tard et arriva en seconde position.
Morales est un stratège génial du populisme. Chacune de ses paroles, chaque décision, met l’accent sur ses origines humbles, son honnêteté viscérale et sa passion pour son pays.
Comme il ne cesse de le rappeler, il est le premier des amérindiens (la majorité de la population) à conduire la Bolivie depuis la conolisation espagnole en 1538.
Il est perçu comme incorruptible (une première dans la politique en Bolivie) et engagé (il a été emprisonné trois fois).
Avant de prendre ses fonctions, il a divisé par deux le salaire présidentiel, déclarant qu’il utiliserait le reste pour embaucher des instituteurs. Célibataire, il a fait de sa sœur aînée Elder, la First Lady.
Morales continue aussi à être le champion de la cause des planteurs de coca (plante qui raffinée donne la cocaïne). La coca joue un rôle clé dans de nombreuses pratiques traditionnelles (pharmacopée, stimulant, cérémonie religieuse). Les gouvernements précédents, inquiets de perdre l’aide américaine, aidèrent les programmes des USA d’éradication, employant l’armée bolivienne pour réprimes les plus pauvres à la demande d’une puissance étrangère. Selon une loi de 1988, seul 12.000 hectares furent conservés pour la production légale de coca. En 2004, l’agitation de Morales obtint 3.300 hectares supplémentaires, mais comme président il veut faire plus.
Morales veut que les Nations Unies annulent une décision de 1961 qui déclare la coca drogue illégale, pour que la Bolivie puisse exporter , entre autres, du savon, du shampoing, des biscuits à base de coca. En mars 2006, il offrit à Condoleezza Rice un ukulele decoré avec des feuilles de coca laquées

Il fut un temps où un président sud-américain de gauche pouvait s’attendre à un coup d’état supporté par la CIA, à une mort violente et à finir en martyr. Mais les temps ont changé.
La popularité de Morales représente une possibilité de stabilité, qui ne peut qu’être bénéfique à la Bolivie, qui a eu, en moyenne, un changement de gouvernement depuis l’indépendance.
Mais plus important,  Morales éprouvera une certaine sécurité parmi d’autres dirigeant de gauche. Ceux-ci comprennent Hugo Chavez du Venezuela qui visitera le Royaume-Uni en mai 2006, et a utilisé les revenus du pétrole pour promouvoir un programme socialiste quelque peu autoritaire, Nestor Kirchner d’Argentine qui fulmine contre le FMI, Michelle Bachelet du Chili, torturée et emprisonnée sous Pinochet, Tabare Vazquez d’Uruguay, le premier leader orienté à gauche élu là-bas, et Luiz Inacio Lula da Silva du Brésil, qui malgré ses difficultés actuelles avec Morales, à l’esprit à gauche et un passé syndical comparable.

Morales a fait un gros pari. Les compagnies énergétiques étrangères ont investi plus de €2 milliards en Bolivie, qu’elles peuvent transférer ailleurs, et le cirque doit à un certain moment être accompagné de pain.
Morales sera-t-il un Mandela ou un Mugabe ?

(Source: The Times du 07.05.2006)

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