La France va-t-elle continuer à perdre son temps en se regardant le nombril ?

Autour de nous le monde bouge vite, la distribution des cartes change. Pendant combien de temps allons-nous continuer à nous "regarder le nombril" au lieu de mener enfin une réflexion de fond sur les véritables enjeux du futur ? Les prochaines échéances électorales fourniraient l’occasion de ce débat de fond. Sera-ce le cas ? Il est permis d’en douter…

Autour de nous, les menaces diverses s’accumulent : l’Iran et son programme nucléaire, Poutine et sa haute main sur les fournitures de gaz, la Chine et les Etats-Unis qui discutent entre eux de l’avenir du monde, l’Europe est au point mort, le pétrole flambe, l’euro repart vers les sommets. Mais la France ne voit rien, ne parle de rien, ne compte plus pour rien.
Nous nous préoccupons, après la crise des banlieues, la grippe aviaire, le Clemenceau, le CPE, les ours slovènes des Pyrénées, maintenant de l’affaire Clearstream (sans vouloir minimiser l’importance de ces différents sujets).
Allons-nous perdre une année de plus ? Au train où vont les choses, c’est probable.
Dans une France paralysée, sclérosée, à l’exécutif discrédité par les pantalonnades, qui osera, à un an des élections générales, prendre le risque de mécontenter telle ou telle catégorie d’électeurs, telle ou telle corporation ? Vraisemblablement personne…

Le débat électoral aurait au moins le temps de s’installer, diront les optimistes. Portera-t-il sur le fond ? J’en doute. Et pourtant, que ce serait nécessaire, indispensable, afin d’éviter de glisser définitivement sur la pente descendante du déclin.

L’économiste Patrick Artus vient de publier une étude qui explique que les gouvernements successifs nous ont, déjà, fait perdre notre temps depuis… trente ans.
Selon lui, la politique économique n’a eu comme seul objet que la relance conjoncturelle, à courte vue, soit des objets "idéologiques", contraignant les successeurs à en "réparer" les dégâts. Jamais il n’y eut de véritable réflexion sur les problèmes structurels de notre économie (vieillissement, mondialisation, élargissement de l’Union européenne) et sur sa spécialisation internationale.
Le débat, en France, tourne depuis des lustres autour du désormais célèbre "modèle social français", qu’il faut défendre becs et ongles pour les uns, moderniser, adapter, mettre à plat pour les autres.
Depuis trente ans, nous nous berçons d’illusions à crédit, en creusant la dette de l’état, et « en passant le mistigri » aux suivants.
Aujourd’hui il est urgentissime de traiter le social comme une conséquence de l’économique. Il faut produire, créer des richesses, avant de les distribuer. Cela parait évident, de bon sens, mais depuis trente ans nous faisons le contraire, en distribuant ce que nous empruntons.

Le diagnostic de Mr Artus est alarmant.

  • 1. – "Notre productivité décline alors que le vieillissement démographique devrait entraîner l’inverse", note Patrick Artus. Il n’y a que deux façons de créer de la richesse pour tous : travailler plus (en accordant leur place aux femmes, en laissant les seniors en poste, en admettant les juniors dans les entreprises ou en ouvrant l’immigration) ou travailler mieux (faire des gains de productivité). Les deux ne sont pas incompatibles, les Etats-Unis l’ont bien montré. Par réflexe malthusien, la France a réduit le temps de travail, abaissé l’âge de la retraite, viré ses vieux, bloqué ses jeunes, restreint ses taux d’emploi, fermé ses frontières et limité ses gains de productivité (1 % par an). C’est exactement le contraire qu’il faut faire. Le bon débat est celui-là, mais il n’aura pas lieu.
  •  2. -"Notre industrie perd des parts de marché", note Patrick Artus, faute d’une politique d’innovation et faute de s’être positionnée à temps vers « le haut de gamme » alors qu’arrivaient les produits bon marché de Chine et d’ailleurs. Le ratio de recherche/développement stagne en France à 2,2 % du PIB quand l’Allemagne est à 2,5 % et que le Japon l’a porté à 3,15 %. Si la France veut demeurer une nation industrielle il faut augmenter les ressources, oser redynamiser le secteur public et trouver, enfin, le moyen de faire comprendre à nos "champions" du CAC 40 que leur avenir ne dépend plus de l’Etat, pour la recherche comme pour le reste.
  •  3. – La pression en taxes et prélèvements divers est extraordinnairement élevée alors que l’élargissement européen a entraîné une concurrence entre les vingt-cinq. L’Etat et ses satelittes absorbent 50 % de la richesse nationale française, contre 44 % pour la moyenne européenne et 42 % dans les nouveaux pays membres.
 
La conséquence du peu d’intérêt porté depuis trente ans aux structures fondamentales de l’économie française tient dans un chiffre : l’investissement des entreprises a reculé de 23 % depuis 1990.
Faut-il chercher ailleurs une explication du chômage et du malaise national ? Produire en France ? Non merci. Trop compliqué, trop peu attractif, trop peu rentable. Dénonce-t-on les "profits scandaleux" des sociétés du CAC 40 ? Le taux de marge des sociétés stagne en France alors qu’il remonte partout ailleurs.
La France a besoin d’une politique favorable aux entreprise, ferme et à long terme, à l’image de ce que font ses concurrents. Il ne s’agit pas de subsides ou autres cadeaux faits à telle ou telle corporation, mais de définir et de mener une véritable politique industrielle recréant les conditions favorables à nos entreprises.
«  Nous en sommes loin. D’abord parce que les ministres des finances, par phobie keynésienne, ne s’inquiètent plus que de l’état de la demande des consommateurs. Et comme ils ne peuvent rien sur les revenus, ils bornent toute leur politique à aider les Centres Leclerc ! Baissons les étiquettes ! Quelle hauteur de vue… Ensuite parce que le réflexe "social" et les bons sentiments prédominent le débat économique, » écrit Eric Le Boucher dans Le Monde du 02.05.2006.
 

Allons, espérons quand même, nous avons un an pour expliquer que l’emploi durable ne viendra que de la croissance et que la croissance viendra de l’investissement des entreprise et de leurs exportations, donc de leur compétitivité. Et qu’enfin les revenus ne progresseront durablement que par la productivité, donc par le travail et l’innovation. Et que c’est le préalable à tout débat social, afin de ne pas continuer à distribuer ce qui n’existe pas.

Articles relatifs

2 Réponses à “La France va-t-elle continuer à perdre son temps en se regardant le nombril ?”


  1. 1 Niko

    Tu vas voter pour qui, Jakouiller ? Juste pour vérifier un truc…

  2. 2 robins

    a priori faut pas etre devin pour le savoir pour qui il va voter et je pense qu il a raison
    en toutcas voila un article qui pose les bonnes questions et eclaire nos esprits sur les vraies questions a se poser
    bravo et merci

Laisser un commentaire