Ils l’appellent le nouveau Che Guevara. Aimé et haï, avec autant de force, le Président du Venezuela Hugo Chávez est devenu l’icône de la gauche alter-mondialiste. Le Diable pour les USA, Donald Rumsfeld dit de lui, "Hitler aussi est venu au pouvoir par les urnes", Dieu pour les pauvres du Venezuela, Hugo Chávez est un personnage aux muliples facettes, difficile à cerner. Un excellent article du Times de Londres essaye de le faire avec objectivité. En voici le résumé (?)…
Chavez, le grand prêtre médiatique
Tous les dimanches le Venezuela regarde le programme TV du Président Hugo Chávez, « Aló Presidente ». Il a, cette fois, conduit son roadshow médiatique dans la ville d’El Tigre, l’émission est retransmise depuis l’un des supermarchés à prix coûtants Mercals qu’il a fait installer pour fournir de la nourriture pas chère aux pauvres. Comme toujours, le présentateur est le président en personne.
Chávez parcourt le magasin. Il prend de la marchandise dans les rayons et lit les descriptifs des paquets qui reproduisent des extraits de sa constitution et offrent une petite homélie sur chacun, goute les produits et vante leur qualité.
Les élections présidentielles vénézueliennes auront lieu en juin 2006. C’est pourquoi il montre la qualité des produits fournis aux pauvres, qui vont vraisemblablement le maintenir au pouvoir.Le tourbillon de paroles se poursuit.
Chávez parle aux caissières. L’une d’elle vient de passer l’examen secondaire dans l’une des écoles spéciales pour les pauvres crées par Chávez.
Les gens du peuple vous diront que tout ce que vous devez savoir sur le Président est sur Aló Presidente. Il est là : enthousiaste, volubile et quelques fois mélodramatique, le Castro de l’ère des soap operas et de la téléréalité. Il lance les idées comme elles lui viennent. Il félicite ou vire en direct les officiels. Il trace les nouvelles routes sur une carte et plaisante sur sa vie sexuelle. Quelquefois il chante et sa voix n’est pas déplaisante.
Il gouverne son pays au travers de son show. Si ça ne s’est pas passé sur Aló Presidente le dimanche, les vénézuéliens pensent que ça ne s’est pas passé.
Les vénézuéliens pauvres et ordinaires le regardent avec adoration et familiarité : il est peut-être président, mais c’est aussi l’un des notres.
En moyenne, la voix de Chávez et présente dans leur vie, à la télé, 40 heures par semaine en discours, proclamations, évènements médiatisés et Aló Presidente.
Ses critiques, dans les classes moyennes, se demandent quand il a le temps d’être président.
Les supporters de Chávez ne doutent pas de l’emploi de son temps. Ils sont les principaux bénéficiaires du programme de milliards de $ qui a créé les Mercals, les écoles et les universités pour les pauvres, les soins dispensés par 17.000 médecins cubains qui habitent dans les quartiers les plus deshérités.
Chávez, comme Ortega et les Sandinistes dans les années 80, est devenu un totem pour l’extrème-gauche internationale.
Mais il y un autre aspect du président, amis des pauvres du Venezuela. C’est le révolutionnaire international qui parle de la guerre à venir avec les USA ; l’ami de Fidel Castro; et la figure de proue du virage à gauche de l’Amérique Latine.
C’est l’homme décrit par Donald Rumsfeld comme « Hitler » et par Condoleezza Rice comme « L’homme le plus dangereux de la région ».
Chávez a construits des alliances avec tout ceux que la Maison Blanche déteste le plus, du président de l’Iran Mahmoud Ahmadinejad, au président de Bolivie Evo Morales, ancien leader des planteurs de coca, que Chávez a inclus dans son « Axe du Bien » avec Castro.
En agissant ainsi, Chavez s’est invité dans une série d’affaires internationales qui lui confèrent une influence bien au-delà du statut normal du Venezuela. Sur des sujets aussi divers que le mouvement anti-mondialisation, l’orientation politique future de l’Amérique latine, le pétrole, l’Iran, et même les relations des USA avec la Chine et l’Inde, Chavez est là, mettant son grain de sel, pour agacer les US.
Sa rhétorique belliqueuse contre les USA porte ses fruits : 30% des vénézuéliens craignent une invasion par les américains. Et la peur est utile. Chávez, lui-même ancien para, militarise la société, levant une nouvelle garde territoriale que l’on peut voir s’entraîner avec assiduité dans les parcs publics.
Chavez, l’homme aux multiples visages
Que veut Chávez? Est-il d’inspiration marxiste ou religieuse ? Est-il démocrate ou autoritaire ? Où sa rhétorique de lutte avec les USA, avec ses menaces, ses alliances risquées, ses menaces d’invasion et de guerre de résistance de « 1000 ans » s’arrêtera-t-elle ? Où est le réel et où est la performance théâtrale? Ceux qui le qualifient de gauchiste n’ont pas de doutes.
Né en 1953 d’origine métissée amérindienne, africaine et espagnole, Chávez est issu d’un milieu pauvre. Il s’enrôla à 17 ans dans l’armée, qui l’a formé, lui donnant l’éducation que sinon il n’aurait jamais eue. Et c’est comme jeune officier que Chávez développa ses idées bolivariennes qui donneront naissance plus tard à son Mouvement Révolutionnaire Bolivarien. Il a été fondé sur une combinaison d’idéaux romantiques des luttes anticoloniales et un fort sens de justice sociale, et trouva son expression à l’occasion de la stagnation économique et de l’effondrement des partis politiques à la fin des années 80, culminant avec l’expérience néo-libérale qui appauvrit encore plus les pauvres.
La scène était dressée pour une tentative de coup d’état de Chávez et de ses supporters dans l’armée. Ce fut l’échec. Afin d’éviter un bain de sang Chávez capturé passa à la TV.
Ce qui arriva ensuite lança sa carrière de leader populaire. Le fringant et médiatique jeune officier demanda à ses hommes de se rendre, et déclara au pays qu’il avait échoué ‘por ahora’, pour l’instant. Ainsi, Chávez le dictateur raté était emprisonné, Chávez le démocrate était né. Les deux personnages n’ont jamais été réconciliés.
Si la classe moyenne d’opposition a échoué à le remplacer démocratiquement ce n’est pas à cause de magouilles à grande échelle, c’est parce que, contrairement à ce qu’elle clame, elle est minoritaire.
Mais il y a une autre facette qui montre une foi démocratique de Chávez’s plus douteuse. En plus de son coup d’état manqué, et de ses relations avec les guérillas d’extrême gauche, il est un fait qu’en sept ans de pouvoir il a renforcé son contrôle sur toutes les institutions du Venezuela. L’armée répond à Chávez, comme la Banque Centrale, le Trésor, la compagnie pétrolière d’état PDVSA, qui fournit la grosse masse des revenus du Venezuela, 5e exportateur mondial de pétrole. Il a ficelé le système judiciaire avec ses supporters et réécrit la constitution pour arriver à ses fins. Plus inquiétant, il a parlé de modifier la constitution pour lui permettre de rester en place jusqu’en 2030.
Et puis il y a le Chavez l’antisémite qui La veille de Noël 2005, visite un centre d’hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l’Etat de Zulia. Il discute avec la directrice et les personnes qui vivent là, se lance dans des diatribes habituelles contre «l’impérialisme» et célèbre «Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (…), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste». «Plus que jamais, le Christ nous manque (…), mais il se trouve qu’une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (…) s’est emparée des richesses du monde [...] et a concentré ces richesses entre quelques mains.»
Chávez semble tiré dans deux directions opposées, entre l’autoritarisme du classique dictateur sud-américain, et le démocrate. Sa personnalité aussi est profondément imprévisible.
Pour un dictateur en devenir, il a un historique plus que varié dans les confrontations.
Quand Chávez a commencé à distribuer les terres des grands propriétaires aux pauvres, la fin des grandes propriétés terriennes vénézueliennes semblait venue. Mais Chávez cessa vite et opta pour une politique de négociations, autorisant les grandes entreprises de conserver le plus gros des terres à condition d’en donner un peu.
Ensuite il y eu la confrontation avec les classes moyennes, qui résulta de la publication des noms de tous ceux qui avaient signé une pétition pour un référendum demandant la démission de Chávez’s (populairement appelée, « la lista » ou « Tasco list »). Cette liste fut utilisée pour refuser des jobs de fonctionnaire et des contrats avec l’état. A nouveau Chávez fit marche arrière en demandant publiquement à ses amis de ne plus utiliser la liste pour punir les opposants, l’une des mesures destinées à courtiser les classes moyennes.
Malgré son langage dur avec les USA, et les menaces de vendre le pétrole ailleurs, il a fait peu pour restructurer le business du pétrole du Venezuela et de l’éloigner du confortable flot de milliards de $ américains qui payent sa révolution.
C’est contradictoire comme beaucoup de choses dans la Révolution Bolivarienne. Chávez est tactiquement pragmatique, mais stratégiquement obsédé par « l’impérialisme américain ». Comme il est pragmatique, il continuera à vendre son pétrole aux américains et résistera aux pressions des éléments radicaux de son mouvement.
Son intérêt premier est géopolitique, et tout ce qui semble ambigu doit être reconnu comme le fait qu’il conduit une phase transitoire de son projet, et il laissera les USA acheter son pétrole pour renforcer son projet…
Pour les pauvres qui ont bénéficié de ses sept années de pouvoir, la démocratie signifie inclusion sociale, et pas qui contrôle les institutions qui au Venezuela ont souvent été faibles ou désespérément corrompues.
Les chantiers de Chávez’s comme les Mercals allègent la pauvreté, offrent les soins gratuits, l’accès à l’éducation, des logements, des terres, et des prêts bons marchés pour démarrer des entreprises. C’est sur ces schémas, financées par les revenus du pétrole, que Chávez’s fonde sa popularité.
Et ce n’est pas juste au Venezuela. Chávez dépense ses milliards ailleurs dans la région. Il rachète les dettes de ses voisins, finance des projets, supporte les partis de gauche dans leur ascension vers le pouvoir (A lire "La faillite de la politique de Bush en Amérique Latine")
Et c’est là la vraie source de conflit avec les US: qu’un régime révolutionnaire, les poches remplies de leurs propres $, sape leur politique.
Plusieurs démentis ont suivi la publication du passage sur "ceux qui ont crucifié le Christ"…Ce qui se trouve dans les [...] donnait une autre lumière sur les propos de Chavez (mais je ne m’en rappelle plus trop).
Ces dires semblent particulièrement maladroits, mais je me souviens aussi que les représentants de la population juive du Vénézuela avait tenu à défendre Chavez contre toutes ces attaques le qualifiant d’antisémite…
Mais il faut se souvenir également qu’il a invité le président iranien à vister Caracas…
je dis bravo, il faut du changement dans ce monde, j’espère que d’autres suivront monsieur chavez avant qui’il ne s’esouffle, dans le cas contraire nous allons droit contre un mur de dollars.