Les créances douteuses, talon d’Achille de l’économie chinoise

La surchauffe de l’économie, la bulle immobilière et une gouvernance d’entreprises pour le moins opaque laissent prévoir une nouvelle vague de créances douteuses en Chine, annonce le cabinet Ernst & Young dans son rapport sur les créances douteuses dans le monde, du 03.05.2006…

La Chine, avec 911 milliards de dollars de créances douteuses, arrive en tête, loin devant l’Allemagne (le rapport ne traite que l’Europe et l’Asie). Ce chiffre regroupe les mauvaises créances estimées des quatre grandes banques chinoises (358 milliards de dollars), les créances douteuses déjà transférées dans les structures de défaisance chinoises (type CDR pour le crédit Lyonnais), soit 230 milliards de dollars, ainsi que les prêts non performants du reste du système financier.
Ce total est considérable et dépasse les réserves en devises chinoises qui sont les premières du monde, et n’est pas loin de 50 % du PIB 2005.
Le rapport calcule, en s’appuyant sur une étude de la banque suisse UBS, que "l’attribution agressive de prêts entre 2002 et 2004 s’est traduite par une nouvelle vague potentielle de prêts douteux, qui pourraient atteindre 225 milliards de dollars" ; des prêts non performants non comptabilisés comme tels mais souvent inscrits à la catégorie "mention spéciale".

Certes, la Chine a accéléré le processus de recapitalisation des banques ces dernières années : les transferts aux structures de défaisance, les recapitalisations assurées par l’Etat (60 milliards de dollars de 2003 à 2005), le succès des introductions à la Bourse de Hongkong de grands établissements, ainsi que l’entrée au capital des étrangers en perspective de l’ouverture du secteur bancaire à la concurrence internationale en 2007, ont contribué à contrebalancer les effets du surinvestissement chinois. En tout, quelque vingt banques chinoises ont été l’objet de prises de participations étrangères.


Mais d’autres éléments menacent de gonfler encore plus les créances douteuses chinoises. Ernst & Young cite des "pratiques douteuses de prêts", ainsi qu’une "surexposition au secteur surchauffé de l’immobilier chinois".

De nombreux analystes ont relevé les dettes cachées de grands groupes chinois, qui dissimulent dans des filiales une partie de leur passif, pratique déjà rencontrée dans les entreprises japonaises et coréennes, mais qui, en Chine, intervient dans une économie bien moins régulée et bien moins mature.
Quant à la bulle immobilière, de plus en plus d’experts s’en inquiètent, pointant les similitudes avec la crise asiatique de 1997.

(Source: Le Monde du 05.05.2006)

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