Le désastre est imminent au Pérou

La révolte des électeurs d’Amérique Latine contre la classe politique a commencé au Pérou en 1990, avec l’élection d’un obscur professeur d’agronomie, Alberto Fujimori. La mode anti-establishment s’est répandue, conduisant des populistes et un cultivateur de coca aux présidences du Venezuela, d’Equateur et de Bolivie. Maintenant c’est le Pérou qui pourrait élire le plus dangereux de ces leaders…

Le mois dernier, Ollanta Humala, dont la famille recommande l’exécution des homosexuels, des juifs et des… investisseurs chiliens, est arrivé en tête aux élections présidentielles.
Il est issu d’une famille vouée à l’« ethnocacerisme », une doctrine prônée par son père. Isaac Humala se réclame en effet du général Caceres, figure de la guerre contre le Chili (1879-1883), et défend un nationalisme fondé sur l’origine ethnique. « Celui qui est national est fier de sa race, de son sang, de sa langue et pas uniquement de son pays », explique le patriarche des Humala. Seules les personnes de la « race des Indiens andins » devraient avoir la nationalité péruvienne, affirme-t-il.
Comme il n’a pas obtenu 50% des voix, il y aura un second tour le 28.05.2006.

Autre mauvaise nouvelle : l’autre candidat sera Alan García, président irresponsable et corrompu, à la fin des années 80, qui ruina l’économie du Pérou et présida à la perpétration de nombreux crimes de guerre.
Ce triste duo a devancé les autres candidats, dont certains excellents…

Les racines de ce choix consternant sont évidentes. Comme au Venezuela, les politiciens traditionnels ont failli en n’améliorant pas la vie de la majorité, et particulièrement celle des indiens. Le président actuel, Alejandro Toledo, a présidé à 5 ans de paix, a réduit la corruption et obtenu la plus forte croissance économique d’Amérique Latine.
Néanmoins son taux d’opinions favorables est à un chiffre. Mr. Toledo a gâché l’opportunité saisie par des pays comme le Chili et le Mexique, de distribuer les bénéfices de la croissance par l’éducation ciblée, la santé ou des programmes de développement rural.

Les deux candidats vont faire que les choses vont aller plus mal.
Humala n’est pas fan de démocratie et veut une assemblée constituante pour réécrire la constitution du Pérou. Il a été capitaine, commandant d’une base militaire pendant la guerre contre la guérilla du « sentier Lumineux ». Il y a des témoignages crédibles de plusieurs sur les tortures et assassinats de paysans commis par des hommes directement sous ses ordres, et de sa participation à des actions de terreurs. Beaucoup de ses assistants les plus proches ont des liens avec Vladimiro Montesinos, un racketeur emprisonné.

Tout ceci est largement connu au Pérou, Mais une large partie des électeurs n’en a cure.
Il ne peut y avoir d’avertissement plus clair que celui là, de l’importance du développement économique incluant les plus pauvres.

(Source: éditorial du NY Times du 03.05.2006)

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