Tout dépend maintenant de la capacité et des talents de Nuri Kamal al-Maliki, l’homme sorti d’une relative obscurité politique le 23.04.2006 pour devenir premier ministre de l’Irak…
Les actions du nouveau premier ministre, l’un des durs du parti chiite Daoua, dans les prochaines semaines détermineront si l’Irak peut inverser le cours qui le conduit à une guerre civile intercommunautaire et établir un gouvernement.
S’il le peut, les 130.000 soldats américains stationnés en Irak, auront une mission définissable à achever, et une stratégie de sortie. Sinon, l’avenir des américains en Irak ira de mal en pire.
C’est pourquoi Washington a eu raison d’utiliser tous les leviers disponibles pour « encourager » le calamiteux ex-premier ministre, Ibrahim al-Jaafari, à ne pas solliciter un deuxième mandat.
Mr. Maliki est issu du même milieu chiite fondamentaliste que Mr. Jaafari. Mais il y a quelques raisons d’espérer qu’il soit un leader plus réel. Toutes les années qu’il a passées à combattre l’ancien président Saddam Hussein au sein de son parti lui ont peut-être conféré l’endurance qui lui sera nécessaire pour gouverner sur le terrain miné de la vie politique irakienne.
Son seul et plus grand challenge sera de casser le pouvoir des milices du parti chiite, opérant à l’intérieur et à l’extérieur des forces officielles de sécurité.
Mr. Maliki a gagné des louanges en prenant l’engagement que seules les forces gouvernementales seront autorisées à être armées. Mais cela n’aura que peu d’effet , s’il fusionne les nombreuses milices paramilitaires avec l’armée irakienne et les forces de police, comme il l’a suggéré le 27.04.2006, par déférence à un allié politique crucial, Moktada al-Sadr, chef de l’une des milices chiites les plus meurtrières. Si cela devait être le plan de Mr. Maliki, il y a peu d’espoir d’éviter la guerre civile. (A lire, L’islamisme au Proche-Orient - Volet 1 : Arabie Saoudite, Iran, Irak")
Il semble peu vraisemblable que les partis sunnites et kurdes qui ont salué la nomination de Mr. Maliki’s comme élément d’un plus large accord de partage des pouvoirs, acceptent cette non-solution au problème le plus important du pays. Les engagements et compromis qui ont permis l’accord seront plus clairs quant Mr. Maliki révèlera la composition de son gouvernement.
Cela fait maintenant plus de quatre mois que les irakiens ont voté pour un nouveau gouvernement, et pendant que les politiciens discutaillent, le pays tombe en morceaux.
Mr. Maliki doit décider vite et sagement.
Il est encourageant qu’il ait promis de garder les ministères de la défense et de l’intérieur hors des mains des politiciens sectaires. Il doit aussi s’assurer que les ministres désignés à des postes économiques clés, comme le ministre du pétrole, s’entourent de professionnels compétents pour la gestion au jour le jour. Et la constitution devra être modifiée pour assurer au gouvernement une part suffisante des revenus pétroliers.
Si toutes ces pièces s’assemblent, et ce n’est pas une mince affaire, il est possible d’imaginer une issue en Irak. Le premier test sera de savoir si Mr. Maliki se confronte à ses puissants alliés comme Mr. Sadr à propos du rôle futur des milices et insiste pour que l’armée et la police recoivent leurs ordres uniquement du gouvernement.
(Source: NY Times du 01.05.2007)
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