L’islamisme au Proche-Orient – Volet 2 : Territoires Palestiniens, Egypte, Liban, Syrie, Turquie

The rise of islamism in the Middle East, Palestinian Territories, Egypt, Lebanon, Syria, Turkei.
Après les territoires où l’islamisme est au pouvoir depuis longtemps (Arabie Saoudite, Iran), ou depuis peu (Irak)(voir volet 1), voici les pays du Proche Orient où l’islamisme radical n’a pas encore le pouvoir, ou pas sa totalité, mais où il représente une force décisive, dynamique et souvent terroriste…

Territoires palestiniens
En Palestine, la stratégie du mouvement terroriste Hamas a été payante. Il a obtenu la majorité absolue au Conseil Législatif depuis sa victoire aux élections démocratiques de janvier 2006.
Scission des Frères Musulmans, le Hamas s’appuie sur la presse populaire mais aussi sur des associations caritatives, des milices armées et des groupes terroristes.
Pour la première fois le Hamas accède au pouvoir en la personne du premier ministre Ismail Haniyeh. Il cohabite avec le président de l’Autorité Palestinienne, lui aussi démocratiquement élu en 2005, Mahmoud Abbas. Celui-ci doit composer avec un mouvement islamiste qui refuse de reconnaître l’état d’Israël et juge légitime le recours à la lutte armée.
Le Djihad Islamique qui a refusé de participer aux élections poursuit ses attaques terroristes contre Israël depuis la Cisjordanie et Gaza. Son chef militaire Khaled AL-Dahdouh a été tué a Gaza le 1er mars 2006 dans une explosion à l’origine indéterminée.

Egypte
Les Frères Musulmans ont renforcé leur poids au parlement après les législatives de décembre 2005. Ils ont obtenu 88 des 444 sièges du parlement.
La confrérie des Frères Musulmans tolérée au Caire est la seule force d’opposition au régime d’Hosni Moubarak. Lors des élections, une forte campagne policière a dissuadé les électeurs de voter pour les frères musulmans.
Un scénario chaotique à l’algérienne n’est pas à exclure en Egypte qui a pris les devants pour tenter de casser la dynamique islamiste. Sur proposition du parlement, le président Moubarak a décidé de reporter en 2008, les élections municipales prévues en avril 2006. Les villes resteront jusque là aux mains du PND, au sein duquel, Gamal Moubarak, le fils cadet du Raïs poursuit son irrésistible ascension. Cette décision révèle le malaise du régime, et confirme que la timide ouverture démocratique c’est peu à peu refermée ce qui risque d’accroître la popularité des islamistes. Elle risque d’accroître leur mécontentement.
Ainsi la branche Takfir Wal Hijra, qui est née initialement dans les prisons égyptiennes, puis s’est propagé après la libération de ses précurseurs, s’est tournée vers le Djihadisme. De son côté Mohamed Mehdi Akef, le chef spirituel des Frères Musulmans a déclaré que la Shoah était un mythe, comme si l’antisémitisme était l’objet d’une compétition avec le président iranien.
La succession d’Hosni Moubarak risque d’être tendue en Egypte, contrariant les espoirs américains dans ce pays.

Liban
Au Liban, l’assassinat de Rafik Hariri en février 2005, a provoqué une mobilisation sans précédent provoquant le départ des syriens.
Le Hezbollah principal soutien de Damas c’est aussi trouvé en difficulté.
Le Liban est dans une impasse institutionnelle. Le maintien du président Emile Lahoud et considéré comme une survivance du régime sécuritaire syro-libanais.
Aux législatives de décembre 2005, 12 des 125 députés ont été élus sous l’étiquette du Hezbollah, le parti de Dieu. Le Hezbollah, mouvement mi légal, mi armé est le porte-drapeau de l’islamisme politique.
Il refuse de désarmer ses milices, au nom du droit à la lutte contre Israël. L’armement du Hezbollah, qui est l’un des éléments clés de la stabilité du Liban a provoqué une crise avec le chef druze Walid Joumblatt.
La tension entre Israël et le Sud Liban n’est pas tombée. Des tirs ont été lancés contre le territoire israëlien en février 2006, plaçant le Hezbollah au pied du mur. Cette formations qui s’était empressée de s’en laver les mains, est la seule qui dispose d’une armée de commandos. Réclamée par les Nations Unies, le désarmement du Hezbollah et des organisations palestiniennes est l’un des vecteurs de cette crise.

Syrie
Quant à la Syrie, dernier bastion laïque, socialiste et panarabe, l’islamisme y a été violemment combattu dans les années 80, et les Frères Musulmans interdits.
Pour autant, malgré l’opacité du régime, il apparaît que la vie sociale et culturelle est contrôlée par les islamistes. Ces derniers ne représentent pas encore une alternative politique sérieuse, mais la fréquentation en hausse des mosquées, des centres culturelles islamiques, des associations caritatives, démontrent que l’islamisme est en mutation dans le pays.
Depuis la guerre en Irak, Damas serait devenu la plaque tournante de la guérilla anti-américaine. Plus de 8.000 extrémistes qui s’entraînaient à la guérilla pour aller ensuite en Irak auraient été arrêtés en Syrie, selon le régime. A cela s’ajoute la pression du Conseil de Sécurité de l’ONU, a propos de l’implication de la Syrie dans l’assassinat de Rafik Hariri. Damas veut manifester sa bonne volonté en annonçant le démantèlement de plusieurs cellules d’Al Quaida, mais les occidentaux sont sceptiques. Damas refuse toujours d’effectuer la moindre réforme démocratique…

Turquie
Dans cette mosaïque islamiste, la Turquie fait figure à part. Longtemps combattu par le régime laïque de Mustafa Kemal, les islamiste ont pris leur revanche lors des élection législatives de 2002, l’AKP raflant 347 des 546 sièges. Son leader Recep Tayyip Erdogan devenu premier ministre a repris à son compte la politique d’intégration européenne. En 4 ans, il a accompli, en direction de l’Europe et de la démocratie, autant que les kemalistes en plusieurs décennies. Modèle de laïcité dans le monde musulman, la Turquie passerait pour un modèle d’islamisme modéré. Cependant, la plupart des dirigeants de l’AKP ont été membres du mouvement Milli Görüs, un mouvement islamiste radical, bien implanté parmi la diaspora turque en Europe.
Les réseaux islamistes ont déjà frappé les intérêts occidentaux en Turquie en 2003. Ils ont à leur actif d’avoir mené le djihad en Bosnie et en Tchétchénie. En outre la politique pro-européenne d’Ankara à provoqué la montée d’un courant europhobe parmi les islamistes et nationalistes radicaux, ce qui complique la donne d’ici aux prochaines législatives en 2007.

Conclusion
Si l’islamisme est très divers au Proche-Orient, la rue est perméable à la propagande islamiste, comme l’a montré l’affaires des caricatures du prophète.
Les islamistes ont exploité l’indignation des musulmans afin de montrer leur puissance. Ils lançaient ainsi un message aux régimes arabes et aux occidentaux : désormais, rien ne peut se faire sans eux au Proche-Orient, et les masses répondent à leurs mots d’ordre.

(Source: Visuel interactif de lemonde.fr du 29.03.2006)

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