Le ministre de la culture vient de refuser d’inscrire au calendrier officiel des commémorations le bicentenaire de la mort du père de l’écrivain, le général Alexandre Dumas, né esclave en Haïti en 1762, mort libre à le 26 février 1806. Et portant, le plus grand des Dumas, ce fut lui…
Pourtant, la République avait, en grande pompe, célébré le centenaire de sa mort. Une statue fut même inaugurée à Paris et Anatole France lança : « Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse, c’est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d’oeuvre auquel il n’y a rien à comparer. » Mais la statue fut abattue après le passage d’Hitler à Paris, en 1940.
Pour repartir en métropole toucher un héritage, il vend son fils contre un billet de bateau. Thomas-Alexandre accoste à son tour, quelques années plus tard, au Havre pour rejoindre so père devenu marquis de La Pailleterie. Mais, lorsqu’il s’engage comme simple cavalier dans les dragons de la reine, c’est sous le pseudonyme roturier d’Alexandre Dumas. Il aurait francisé le nom africain de sa mère, Douma.
Plus tard, il démissionne de son poste de commandant de l’armée de l’Ouest pour dénoncer les crimes commis contre les Vendéens. En 1795, c’est lui que la Convention appelle à la rescousse. En 1797, en Italie, le « diable noir » continue à se couvrir de gloire, notamment au pont de Brixen, où, seul contre cent, il retient la charge des cavaliers autrichiens.
Devenu commandant de la cavalerie d’Egypte, il est écoeuré par la répression de la révolte du Caire. Il obtient d’être rapatrié en 1799. Prisonnier à Tarente à la suite d’une tempête le général Dumas ne revient qu’en 1801.
Napoléon rétablit l’esclavage. Les « nègres et autres gens de couleur » sont chassés de l’armée et assignés à résidence. Pas d’exception pour le général. On ne lui paiera même pas son arriéré de solde. Il meurt de chagrin.
Le petit Alexandre, orphelin, privé de bourse pour aller au collège, fera de son père le héros très discret de ses romans d’aventures et de vengeance. Car d’Artagnan, Dantès et tous les autres, c’est lui.
Curieusement, au moment où l’on ne cesse de parler de mémoire de l’esclavage et d’intégration, voici le général Dumas, déjà privé de récompenses de son vivant, interdit de bicentenaire officiel. Peu importe. Non seulement le « fils de la négresse » est le plus grand des Dumas, mais cet Haïtien est aussi l’un des plus grands Français.
(Source: Claude Ribbe, Le Monde du 01.03.2006)
0 Réponses à “Le plus grand des Dumas, le général”
Laisser un commentaire