L’Europe cale sur la route des réformes économiques

Les situations politiques dans les trois grands pays du continent européen, Allemagne, France et Italie, rendent improbables les réformes économiques, pourtant nécessaires pour restaurer la croissance. C’est l’avis de Richard Bernstein, dans le New York Times du 14.04.2006.

Après l’élection très serrée de Romano Prodi en Italie, il y a des fortes chances que les trois grands pays du continent européen, Allemagne, France, Italie, soient incapables de mener les réformes économiques qui, selon les leaders politiques de tous bords, sont pourtant essentielles pour restaurer la croissance

 « Tout le monde est d’accord en Europe, que les choses ne peuvent continuer comme elles vont aujourd’hui. Tout le monde veut des changements. En même temps tout le monde fait tout pour que rien ne change, » dit Wolfgang Nowak, un économiste allemand en charge du Forum International de la Deutsche Bank.
I
l parlait de la croissance, proche de zéro, avec des déficits importants, des marchés du travail rigides, des taux de chômage insupportables et des budgets sociaux de plus en plus difficiles à financer.

L’enjeu, selon de nombreux experts européens, est la capacité de la France, l’Allemagne et l’Italie de s’adapter à la mondialisation.
Les
salaires élevés et la démographie stagnante de l’Europe pourraient signifier à terme un déclin, non seulement économique, mais également politique. 
Il y a un série d’objectifs, connus sous le nom d’Agenda de Lisbonne, que les membres de l’Union Européenne, parfaitement conscients du danger de déclin, ont promis d’atteindre, en mars 2000.
Cela comporte, une croissance moyenne de 3% et la création de 20 millions d’emplois, en grande partie, en encourageant l’innovation par les investissements, l’éducation et la technologie.
Mais les trois grands ne se sont même pas approchés de ces objectifs.
Leurs défaillances proviennent de la combinaison d’un leadership timide et hésitant, de larges divisions politiques intérieures, de populations prêtes à exploser chaque fois que des changements leurs sont présentés.

« Les leaders politiques de ces trois pays savent ce qui doit être fait, et ce n’est pas de la haute science.
L’Agenda de Lisbonne donne des objectifs. Mais comme l’a dit Jean-Claude Juncker, premier ministre  du Luxembourg, -tout le monde sait quelles sont les réformes que nous devons mener, mais personne ne sait comment les mener en remportant une élection après-, »
déclare Charles Grant, directeur du Center for European Reform, à Londres.

Le tableau n’est pas sombre partout en Europe, et tous les pays n’ont pas les mêmes problèmes. L’Espagne, le Royaume-Uni et l’Irlande ont eu des années de forte croissance. Les pays scandinaves ont réussi à faire baisser leurs dépenses sociales tout en conservant les protections et garanties de base et en améliorant la croissance. Et l’Allemagne a annoncé des chiffres de croissance meilleurs que prévus.

Durant ses deux dernières années de mandat, l’ex-chancelier  Gerhard Schröder, un social-démocrate, a pu faire passer une série de réformes qui font maintenant la différence, y compris une forte réduction des indemnités de chômage.
L’Allemagne a de nouvelles lois qui permettent de licencier durant les deux premières années.
Mais la France a eu des convulsions quand son gouvernement a annoncé des règles similaires, pour les jeunes de mois de 26 ans, uniquement.
L’Allemagne le seul des trois puissances du continent dont le leader, Angela Merkel, a fait campagne sur la nécessité de vastes réformes. Mais les électeurs lui ont répondu oui et non, en même temps.
Ils l’ont menée au pouvoir, comme dans le cas de Romano Prodi, de peu, et de telle façon qu’elle doive gouverner avec une et des partenaires sociaux-démocrates beaucoup moins disposés au changement.

La France, par contre, est dans la plus totale confusion, avec un gouvernement totalement affaibli par les protestations massives qui ont salué son modeste projet d’assouplir le droit du travail. Personne n’attend plus de ce gouvernement de réformes avant les élections présidentielles de 2007.
A côté de la faiblesse de Chirac, il y a en plus une opposition, plus générale, au type de libre marché vers lequel se sont engagés, au moins en théorie, les leaders européens.

« Le problème est un manque de leadership et un climat intellectuel très hostile à l’économie libérale. La religion antilibérale a remporté le débat intellectuel en Europe. Elle a entretenu l’idée que le libéralisme économique mène à une vision Dickensienne d’enfants au travail et de vieilles femmes pleurant dan les rues, » déclare Grant.

En France, même avec un chômage des jeunes à 23%, personne ne peut remporter une élection en faisant campagne pour le libre marché et la dérégulation.

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1 Réponse à “L’Europe cale sur la route des réformes économiques”


  1. 1 idoine

    Le problème est un manque de leadership et un climat intellectuel très hostile à l’économie libérale. La religion antilibérale a remporté le débat intellectuel en Europe.

    IL me paraît évident que si on continue à mesurer l’Europe à la seule aune de son économie, alors que ce n’est plus l’économie qui fait pour elle partie des valeurs essentielles, il risque (d’ailleurs, il ne risque pas, il y a) un décalage entre l’échelle de valeur des instances dirigeantes et de leurs citoyens.

    Je ne dis pas que l’économie n’est pas importante, mais elle l’est autant que la comptabilité l’est dans une organisation à but non lucratif …

    Les réformes économiques sont nécessaires "à minima" et dans la mesure où elles sont intégrées progressivement, en prenant le temps du respect !
    Et si, pour respecter, il faut prendre un peu plus de temps de ne pas "marcher" sur autrui, je dirais tant mieux.

    Celui qui ne prend pas ce temps finit un jour par le payer.

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