Paul Kennedy, professeur à Yale, analyse les relations entre les trois. La vision d’un intellectuel démocrate sur la France…
Nous ne devrions pas rire quand Chirac gesticule!
C’était assez drôle.
Le mois dernier des leaders de l’Union européenne était réunis à Bruxelles pour discuter de l’avenir de l’Europe énergétique.
Quand Ernest-Antoine Seillière, le président de l’organisation patronale européenne commença son allocution, il s’exprima en anglais. Jacques Chirac demanda alors pourquoi un français s’exprimait dans une langue étrangère.
La réponse, très sensée – que l’anglais était la langue internationale du monde des affaires – n’apaisa pas Chirac, qui quitta la salle, suivi des ministres français perplexes.
Etait-ce de la pompe gauloise ?
Ou, était-ce – pour ceux qui ont une image plus positive de l’anxiété de Chirac – une façon de demander le respect des différences et des cultures ?
Probablement les deux.
Chirac prétend avoir été choqué qu’un compatriote s’exprime en anglais.
Cela semble ridicule, sachant que dans les salles de réunion des plus grandes entreprises françaises, l’anglais est bien la langue utilisée, et que les cours des meilleures business schools de France, comme l’INSEAD, sont donnés en anglais.
Mais une visite dans les rues de Paris pleines de manifestants, ou un voyage dans la campagne française, indique qu’il y a plus que cela.
La société française rencontre de grandes difficultés face aux pressions implacables de la mondialisation et de sa sœur jumelle la modernisation.
Bien sûr la France n’est pas la seule : des pays aussi différents que la Pologne, le Brésil et l’Italie luttent également pour rester compétitifs.
Et il y a beaucoup d’aspects impressionants dans la France d’aujourd’hui, son système de santé, ses chemins de fer, ses entreprises internationales qui contredisent l’image d’un pays qui ferme ses portes au monde moderne.
Mais l’angoisse des français est significative parce que la France est (supposons-le encore) un acteur si important en Europe et dans le monde.
La politique agricole commune est une création de
Les étudiants prennent l’aide de l’état pour leur éducation, et construisent des barricades à chaque menace de changement.
Les syndicats des vieilles industries ou du secteur public imposant attendent des hausses de salaires et des avantages sociaux et la sécurité de l’emploi pour tous ;
La réaction de Chirac à Bruxelles reflète cette profonde angoisse.
La France a perdu son rôle dominant en Europe et plus il y a de nouveau membres dans l’Unions, plus son influence est faible.
Presque tous les nouveau membres ont des secteurs agricoles importants ; cela menace de faillite le système de subventions européennes pour les agriculteurs et, ainsi, met une pression supplémentaire sur le gouvernement français.
Pire, beaucoup de ces nations préfèrent parler anglais ; pour eux, comme pour Mr Seillière, cela tombe sous le sens. C’est une marée que la réputée « Commission Nationale pour la Défense de
Ce n’est pas une plaisanterie de voir des villages à travers le monde, du Nebraska en Auvergne, se racornir et mourir.
Ce n’est pas une blague de voir les hypermarchés écraser le petit commerce, ou des emplois délocalisés vers les marchés du travail les moins chers.
Et ce n’est certainement pas un plaisir d’assister au déclin de remarquables langues et cultures étrangères au profit d’un anglais standardisé, sans oublier les normes de business américaines standardisées.
Chirac n’avait aucune raison d’être choqué par un discours en anglais dans un forum international. Mais nous n’avons aucun droit, non plus, de croire que la modernisation continue de notre monde se fera sans énormes coûts collatéraux.
Paul Kennedy, professeur d’histoire et directeur des International Security Studies à Yale University.
Superbe analyse. Je me demande presque si vous n’êtes pas Français (malgré le Kenedy
) .
Tout ça me laisse penser que l’on (les français) ne devrait pas vouloir être "compétitifs". C’est fini le temps du Concorde et du TGV. La france a d’autres choses à prouver. On s’entête à vouloir garder des services public ou semi-public (France telecom, edf…) mais est-ce l’essentiel ?
Tous les hivers, on a des millier de foyers privés d’electricité pendant plusieurs jours. Est-ce un drame ? Est-ce qu’en privatisant cela serat mieux ? Pas forcément puisque les régions touchés sont pour la plupart des régions de campagne ou de montagnes qui ont l’éléctricité depuis seleument 40 ans.
Quand à l’agriculture on voit tout le temps à la télé des "grands" propriétaires terriens enmelés dans les subventions de la communautés européenne. Il n’y a pas que ces personnes en France (même si les médias ne parlent que d’eux). Ils y a aussi des "petits" paysans qui vendent au marché.
Etudiant, j’ai fait mes vendanges dans le beaujolais. Le propriétaire, qui venait de prendre sa retraitre nous racontait : "en 70 on nous a dit de produire et acheter de nouvelles terres, c’était l’europe. J’ai fini par vendre les terres les plus mauvaises à un prix dérisoire pour me concentrer sur les meilleures pour un bon vin, En plus, j’avais trop d’excedent et la communauté européenne ne me les rachetait pas à un bon prix… "
En conclusion, la France ne doit pas "s’angoiser" pour devenir un pays compétitif. Elle a tellement mieux à prouver de part sa culture et son histoire. Elle peut aussi prouver qu’elle est un pays du bon vivre et qu’elle produit des aliments traditionels de qualité. C’est les "poles de compétivité" (www.competitivite.gouv.fr/) de la France : la culture et la gastronomie. Et de ce côté on a pas de souci à ce faire