Le 25 février 1956, à la fin du XXe congrès du Parti communiste soviétique, Nikita Khrouchtchev a demandé aux délégations étrangère de quitter la salle et s’est mis à lire à huis clos pendant quatre heures un gros rapport, se livrant, devant les délégués médusés, à un implacable réquisitoire contre Staline. Voici l’invraissemblable histoire de ce rapport…

Dans la nuit du 25.02.1956, le rapport est donné en lecture aux dignitaires des « PC frères » (Maurice Thorez, secrétaire du PC français et Jacques Duclos le liront), et repris immédiatement après.
Comment un tel séisme a-t-il pu être dissimulé si longtemps ?
Des dizaines de milliers de membres du PC de l’URSS, médusés, prennent ainsi connaissance en catimini d’un rapport qui dénonce trente ans de culte de la personnalité, fustige les purges sanglantes des années 1930, les déportations, le goulag et les assassinats.
L’objectif est d’informer tous les camarades des dérives de Staline sans que le monde occidental ne l’apprenne.
Sam Russell apporte en un éclairage précieux sur les pratiques journalistiques en Union soviétique de l’époque.
Moscou n’abrite alors que quelques journalistes étrangers : les correspondants de journaux communistes occidentaux, logés dans des appartements pour privilégiés et quelques représentants de journaux et agences "bourgeois", regroupés dans des quartiers réservés aux étrangers.
Le premier groupe vit aux frais du régime.
" La Pravda et, en son nom, l’Etat soviétique nous prenaient en charge entièrement. Nos salaires étaient même financés via la Croix-Rouge soviétique. (…) L’idée, c’était que nous envoyions des reportages sur les magnifiques progrès de la construction du socialisme en URSS." raconte Russell.
Le second groupe est soumis à une surveillance étroite.
Ils doivent surtout faire face à la censure soviétique. "Nous ne pouvions envoyer nos articles que d’un bureau spécial pour étrangers situé au télégraphe central de Moscou, le glavlit. Nous écrivions nos papiers en deux exemplaires. Une employée anonyme les récupérait et disparaissait au fond de la pièce où elle les remettait à des gens que nous ne voyions pas. Cela durait un temps indéfini, qui allait de trois minutes à trois semaines", explique Michel Tatu, qui fut le premier correspondant du Monde à Moscou, à partir de 1957. Le texte revient caviardé, censuré.
Malgré les difficultés de travailler plusieurs journalistes entendent parler du rapport et des remous qu’il provoque. En Géorgie, région natale de Staline, sa lecture a occasionné des émeutes réprimées dans le sang.
Finalement, le journaliste de Reuter, informé par un
, part à Stockholm, d’où il enverra le 17 mars une dépêche de quelques. Sam Russell a moins de chance. Il se heurte d’abord à l’appareil soviétique, qui nie l’existence d’un texte dont il a une relation précise. Quelques jours plus tard, il envoie au Daily Worker le fameux rapport qui ne sera jamais publié.
Comme les responsables obéissants du journal, les partis communistes occidentaux respecteront les consignes de silence. La délégation du PCF au XXe congrès (Maurice Thorez, Jacques Duclos) ont lu rapport à Moscou. Opposés à toute déstalinisation, ils se tairont, hors d’un cercle restreint. Pendant des années encore, le PCF ne parlera que du "rapport attribué au camarade Khrouchtchev".
Un exemplaire écrit, venu de Pologne, arrive finalement à la CIA puis au département d’Etat. Le 2 juin 1956, le New York Times publie le texte, suivi en France par Le Monde, à partir du 6 juin.
Il ne confirmera officiellement la déstanilisation qu’en
C
En Pologne, en juin, et surtout en Hongrie, en octobre 1956, éclatent des révoltes, durement réprimées.
Très vite, après avoir laissé espérer une ouverture, le système s’est refermé.
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