Les sondages donnent une avance confortable à la coalition de centre-gauche, mais rien n’est joué du fait de l’introduction d’un nouveau mode de scrutin difficile à simuler.
Les enjeux économiques sont cruciaux pour une Italie affaiblie…
Les élections législatives italiennes, prévues les 9 et 10 avril prochain, s’ouvrent dans un climat marqué par les affaires politico-financières et une grande morosité au plan économique.
L’économie italienne a stagné l’année dernière et l’écart de croissance avec la zone euro s’est élargi. Par ailleurs, le déficit public est demeuré largement supérieur au seuil de 3% du
Silvio Berlusconi a défendu son bilan. Plusieurs points positifs émergent : une période de stabilité politique exceptionnellement longue pour l’Italie et la poursuite du processus de réformes (retraites, marché du travail). Certaines réalisations apparaissent comme des demi succès. Le nombre d’emplois créés est très important (1,2 million), ce qui a permis une réduction marquée du taux de chômage (de 9,2% en moyenne en 2001 à 7,7% en 2005).

Les forces en présence ?
Les élections législatives mettent en présence deux coalitions, « Casa delle Liberta », la coalition de centre-droit dirigée par Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, et « Unione », la coalition de centre-gauche dirigée par « Uniti per l’Ulivo » (Coalition de l’Olivier), la formation de Romano Prodi.
L’ensemble des sondages donne une avance de plusieurs points à la coalition de centre-gauche. Le pragmatisme affiché Prodi semble avoir séduit une partie de l’électorat, mais aussi du patronat (contre lequel Silvio Berlusconi s’est emporté, reprochant notamment à son chef Luca di Montezemolo, le charismatique président de Ferrari, son « pessimisme » et ses critiques incessantes).
L’issue des élections est cependant rendue incertaine par la récente adoption du vote à la proportionnelle, avec des seuils.
Les deux programmes touchent l’ensemble des aspects de la vie économique. C‘est sur les questions fiscales que les débats entre les deux leaders ont été les plus houleux. M. Berlusconi a affirmé qu’il poursuivrait la politique de baisse d’impôt mise en oeuvre depuis cinq ans.
Le poids des prélèvements obligatoires est passé de 41,2% du PIB en 2001 à 40,5% du PIB en 2005. Un nombre croissant de ménages devrait échapper à l’impôt. Alors qu’en 2001, 2,5 millions d’Italiens en étaient totalement exonérés, ce nombre est aujourd’hui de 12,5 millions et devrait encore augmenter.
R. Prodi a fait du retour de la croissance l’axe privilégié de son programme. L’une de ses propositions phares consiste à stimuler les créations d’emploi, mais aussi à restaurer la compétitivité, par une réduction de 5% des contributions sociales des entreprises d’ici un an. L’une des mesures les plus contestées par ses adversaires de centre-droit est l’alourdissement prévu de la taxation des revenus financiers, afin de financer partiellement la baisse des cotisations sociales.
Afin de relancer la croissance économique dans la péninsule, M. Prodi compte par ailleurs doubler le montant des budgets de recherche et d’innovation, qui représentent 1,1% du PIB, contre une moyenne européenne de 3%.
En outre, Romano Prodi veut mettre fin à la précarité instaurée par les réformes du marché du travail mises en oeuvre depuis une décennie, en introduisant plus de stabilité.
Ces deux programmes souffrent de précisions insuffisantes sur le financement des mesures annoncées.
Quels sont les enjeux pour le prochain gouvernement ?
1. La situation particulièrement dégradée des finances publiques exige des mesures d’envergure rapides. Le niveau élevé du ratio d’endettement a pour corollaire la lourdeur du service de la dette (en dépit de la faiblesse des taux d’intérêt, mais ils sont à la hausse). La charge d’intérêt atteignait 4,6% du PIB en 2005.
La coalition de centre-droit propose de réduire le poids de la dette par des ventes d’actifs publics.
Romano Prodi, ancien président de la Commission européennne et professeur d’économie, dispose d’une forte crédibilité auprès des chefs d’entreprise italiens comme de l’opinion internationale. Son discours et ses propositions pragmatiques, comme son attachement revendiqué à la stabilité budgétaire, sont un élément rassurant. Néanmoins, son programme – assez volontariste - présente un certain flou quant au financement de certaines mesures emblématiques.
2. L’augmentation de la croissance est un enjeu majeur.
Certaines des propositions énoncées par M. Prodi pourraient contribuer à relever la croissance tendancielle, comme la relance de l’effort de recherche et développement. Le souhait de Romano Prodi de favoriser les embauches de CDI (facilitant l’accumulation des compétences), tout en facilitant les modalités de rupture de contrat paraît à cet égard une piste à explorer.
3. La restauration de la compétitivité est cruciale.
L’Italie a été classée comme le pays le moins compétitif au sein de la zone euro par le Forum Economique Mondial. Elle a subi ces dernières années une érosion sensible de ses parts de marché. Ainsi, depuis 1995, la part de l’Italie dans les exportations mondiales s’est-elle réduite de 4,6% à 2,7%.
Les deux formations politiques sont conscientes de la nécessité d’abaisser le coût du travail, pour relancer à la fois l’emploi (donc la croissance) et la compétitivité des produits italiens. Néanmoins, la proposition de M. Prodi d’abaisser le coût du travail de 5% en un an est nettement plus ambitieuse que celle de son rival.
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