La débâcle de notre enseignement supérieur

Un système qui n’offre de formation correspondant à un vrai besion du marché de l’emploi qu’à 30% des étudiants, qui laisse sur le carreau un taux important de ceux qui "s’embarquent" en 1ère année de fac…

Jacques Chirac a déclaré dans son allocution du 31 mars 2006 : "Beaucoup d’étudiants ont exprimé de vraies inquiétudes sur la valeur de leur diplôme, sur leur accès à l’emploi, sur leur avenir. L’université doit rester un lieu d’excellence et la voie d’une vraie réussite sociale. Je demande au Premier ministre et au gouvernement d’ouvrir un grand débat national sur les liens entre université et emploi, afin de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes."
Espérons que cela débouche sur du concret et non sur des palabres et un rapport vite remisé aux oubliettes, car notre enseignement supérieur est complètement dépassé, sclérosé et inadapté aux besoins actuels. Il n’assure de formation correspondant à un réel besoin du marché de l’emploi qu’à 30 % d’étudiants environ,  classes prépa, Grandes écoles, IUT, BTS ou encore certaines filières doctorales universitaires.

Le constat
Les jeunes ont de quoi être inquiet. Le CPE n’est que le catalyseur de cette inquiétude. Les étudiants mal orientés, mal encadrés, et qui se sont embarqués dans des filières notoirement sans issue professionnelle, les sciences humaines, le droit et les sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps). Pour les premières, la professionnalisation est insuffisante, et pour les trois, les effectifs sont pléthoriques par rapport aux débouchés.
Maurice Allègre
, ministre de l’éducation nationale, de la recherche et de la technologie de 1997 à 2000 écrit dans Le Monde du 01.04.2006 : « La raison en est que l’université fonctionne sur le système de l’ultralibéralisme, si décrié par ailleurs. Chaque filière est libre, s’y inscrit qui veut, qu’il ait une formation préalable adaptée ou pas, sans limites de nombre, souvent sans la moindre adéquation avec les offres d’emploi. Les étudiants défendent ce système au nom de la liberté de choix. Les professeurs, quant à eux, l’exploitent en attirant les étudiants vers leur discipline, sans souci des débouchés. Ainsi, l’étudiant est lâché, seul face à la férocité du marché de l’emploi. Or, si cette pratique était acceptable lorsque la France avait 200 000 étudiants et 3 % de taux de chômage, elle ne l’est plus aujourd’hui, avec 2 millions d’étudiants et 10 % de chômeurs. Ce n’est pas par hasard que le gros des troupes de manifestants étudiants soit toujours formé par des étudiants des premières années universitaires. On n’y voit que très peu d’étudiants d’IUT, de BTS, de Grandes écoles ou d’étudiants des Masters universitaires. Ceux-là peuvent prévoir ce que sera leur avenir. Les autres sont dans le brouillard et beaucoup sentent qu’ils se sont embarqués dans des impasses. »

Les causes
L’idée généreuse de vouloir amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac et créer, en même temps un bac professionnel, ont été deux décisions dont nous payons aujourd’hui la facture. L’idée était généreuse. Avoir des ouvriers qualifiés bacheliers donc instruits et cultivés dans une société où le progrès technique, l’automatisation, l’informatique, demandent de plus en plus de connaissances, n’était-ce pas préparer l’avenir ? Vingt ans après, l’échec est patent. Les bacheliers ne veulent pas être ouvriers. Les entreprises qui ont recruté en production, sur machines, des bacheliers, des titulaires de BTS, ont constatées cet échec à leurs dépens. Les voies technologiques et surtout professionnelles sont dévalorisées et l’on y accède rarement par choix. Pendant ce temps, nous avons des emplois vacants dans le bâtiment, la mécanique, l’hôtellerie et la restauration, le dépannage, l’artisanat…
Avoir construit un tel système est une lourde responsabilité de tous les gouvernements, depuis que Laurent Fabius a lancé ce fameux « 80 % ». En France, tout le monde peut commencer des études supérieures quel que soit le domaine, mais seule une minorité en sortira qualifiée et avec de réelles compétences. Les autres ? Chômage, déqualification, formations complémentaires et, au bout d’un temps de plus en plus long, insertion sur le marché du travail, aux alentours de 25-30 ans, après une période faite de bricolages de « petits boulots ». Quelle perspective pour ces jeunes! Etre assistés pendant des années et des années avant de pouvoir espérer entrer par la petite porte dans la société, alors qu’on leur dit qu’ils en sont l’avenir !

Pistes de solutions
Comment devrait être constitué un système d’enseignement supérieur efficace ?
Bernard Belloc, (
Professeur de sciences économiques, Président honoraire de l’université Toulouse 1 – Sciences Sociales, conseiller pour la Science et la Technologie près l’Ambassade de France en Chiner) le définit ainsi sur le blog pourquoipas.
 « D’abord quelques universités et établissements de recherche très élitistes, pour former des chercheurs de très haut niveau et animer les laboratoires, publics et privés qui génèreront de la recherche de haut niveau, de l’innovation scientifique et des innovations technologiques, seule piste d’avenir pour qu’une société développée puisse rester dans la course mondiale.
Ensuite de très nombreux établissements de formation orientés vers les formations professionnalisées : IUT, licences professionnelles, masters professionnels, et Ingénieurs, tout ceci en nombre beaucoup plus important qu’aujourd’hui et beaucoup plus ouvert sur les besoins de la société.
Enfin des passerelles permettant de garder toutes les portes ouvertes pour des réorientations en cours de formation. Bref un système de formation répondant aux besoins du pays et de ses entreprises et donnant de l’espoir aux jeunes.
Il faudra financer massivement cette nouvelle organisation, et financer aussi les incitations qui doivent permettre à tous les enseignants de trouver leur place dans ce dispositif renouvelé, en  valorisant les meilleurs dans toutes leurs activités : recherche bien entendu et d’abord, mais aussi développement de partenariats, valorisation de la recherche, ingénierie pédagogique et enseignement.
Et évaluer les personnes et les établissements. Les évaluer en fonction des objectifs précis qui leur seront assignés  et non en fonction d’objectifs généraux d’un service public qui était adapté lorsqu’une poignée d’universités et d’écoles accueillaient moins de dix pour cent d’une classe d’âge, mais qui est maintenant complètement dépassé.
Autrement dit il faut une véritable gestion des compétences au sein des corps enseignants et professionnaliser la gestion et le fonctionnement de nos établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Ce financement massif de notre système de formation et de recherche doit
venir aussi bien de moyens publics que de moyens privés Il n’y a aucun exemple de système de formation et de recherche efficace qui ne coûte pas cher aussi bien en argent public qu’en argent privé. C’est vrai aux Etats Unis, c’est vrai dans les grandes démocraties de tradition sociale démocrate. Des moyens supplémentaires, publics et privés, mais dans une nouvelle organisation, pas dans l’ancienne ! »
Nous dépensons, par habitant, pour notre enseignement supérieur (grandes écoles comprises) 2,5 fois moins que les Etats-Unis !

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1 Réponse à “La débâcle de notre enseignement supérieur”


  1. 1 Jakouille la fripouille

    La faillite de l’Université en France

    Ce qui est arrivé dans nos universités était prévisible et se répétera… Le gouvernement est solidaire des gouvernements précédents et responsable avec eux du criminel Verdun universitaire…

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