Jean-Philppe Cotis, chef économiste à l’OCDE, répond aux questions du Monde du 30.03.2006.
Il revient sur la situation de l’emploi en France, sur les causes profondes du chômage structurel élevé…

|
|
Quelle est la place de la France dans le monde en matière de chômage ? La France a un des taux de chômage les plus élevés de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). D’autres pays (Europe centrale) ont des taux supérieurs, mais sont en situation de rattrapage et réorganisent en profondeur leur marché du travail. En Espagne, le taux de chômage a été divisé par deux en dix ans. La France fait même un peu bien moins bien que l’Italie, qui a réformé son marché du travail, ou encore que l’Allemagne, pourtant pénalisée par la réunification et les difficultés rencontrées dans l’est du pays. En France, le taux de chômage structurel, c’est-à-dire indépendant de la conjoncture, est stable depuis vingt ans, compris entre 9 % et 10 %. Le chômage conjoncturel s’élève à près d’un point aujourd’hui. Une reprise économique dynamique permettrait à la France de faire reculer le chômage, mais une fois la conjoncture restaurée, l’essentiel du chemin resterait à parcourir. Note personnelle: la croissance, même si elle revient, ne permettra donc pas de réduire fortement le chômage. Alors, quel est le problème français ? La France est, avec l’Allemagne, la Norvège et les Pays-Bas, le pays de l’OCDE où le nombre d’heures travaillées par salarié est le plus faible et aussi où le taux de non-participation au marché du travail, qui regroupe les chômeurs et les inactifs, est parmi les plus élevés : environ 30 %. Les politiques de préretraites subventionnées, n’ont pas permis de réduire le chômage. Le problème français n’est pas la surabondance de main-d’oeuvre, mais la difficulté à créer suffisamment d’emplois. Notamment d’emplois peu qualifiés ? L’une des défaillances les plus notables en France est la faible création d’emplois en faveur des travailleurs peu qualifiés, dont la proportion est élevée, notamment chez les jeunes. Nos travaux concluent que le coût du travail peu qualifié - c’est-à-dire le cumul du salaire minimum et des charges patronales - peut constituer une barrière insurmontable à l’emploi pour certains. La France est celui où le coût du travail peu qualifié reste le plus élevé en proportion du salaire médian. Il a même progressé plus vite que le salaire médian depuis 1998, en dépit des baisses de charges patronales. La France cumule à la fois plus de jeunes travailleurs peu qualifiés qu’un grand nombre de pays industrialisés et un coût du travail pour ce type d’emplois extrêmement élevé. Des économistes évoquent aussi l’inefficacité du service public de l’emploi. La France partage avec l’Europe du Nord un niveau d’indemnisation important mais son service public de l’emploi est loin d’avoir l’efficacité des pays nordiques. Le patronat dénonce le manque de flexibilité du marché de l’emploi en France. Certaines populations comme les jeunes sont mal protégées, tandis que ceux âgés de 35-55 ans le sont très bien. Ce système est porteur de précarité. Les économistes constatent que le système de protection de l’emploi français fait porter une trop grande responsabilité aux entreprises dans la gestion du licenciement. Tout se passe comme si les entreprises étaient appelées à suppléer le service public pour gérer le reclassement des salariés. Dans d’autres pays comme le Danemark, c’est le service public de l’emploi qui se charge du reclassement des chômeurs. En France, une entreprise en difficulté qui souhaite licencier pour rester viable est détournée de cet objectif. Elle est confrontée à de longues procédures administratives et doit faire appel à des cabinets de conseil juridique… Cela crée une incertitude pénalisante. D’autant que la France est l’un des pays de l’OCDE où les recours judiciaires en cas de licenciement sont parmi les plus fréquents. Cela crée beaucoup d’incertitude pour l’entreprise, ce qui la conduit en réponse à altérer de manière considérable la façon dont elle recrute. Elle détourne alors les contrats de travail, tels que les CDD, qui avaient été conçus pour des besoins spécifiques comme les emplois saisonniers. A la fin des années 1990, 70 % des recrutements se sont faits avec des contrats alternatifs. Cette confusion des responsabilités a largement contribué à développer la précarité. Si on réduit l’incertitude sur le coût des licenciements des CDI, on incite les entreprises à embaucher davantage sous ce type de contrat. Et on réduit la précarité. Que préconisez-vous alors ? Réduire l’incertitude pour les employeurs ne signifie pas paupériser les salariés. Bien au contraire, on peut concevoir à terme un contrat de travail avec un barème d’indemnisation connu d’avance et croissant avec l’ancienneté du salarié. Dès lors que son montant est connu à l’avance, l’indemnité de licenciement peut éventuellement être élevée. Le CPE, qui offre des indemnités et des garanties supérieures à celles d’un CDD, trouve alors son sens en tant qu’étape vers une unification des contrats. |
|
|
|
Rapport de l’OCDE sur les prélèvements obligatoires sur salaires
Ce qui suit est extrait du Rapport de l’OCDE Les prélèvements résultent des effets combinés d’un ensemble d’instruments de politique économique à la disposition des gouvernements : impôts sur le…